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Été 2026 : les malades chroniques en paient-ils encore le prix début octobre ?

12 oct. 2026

12 oct. 2026

12 oct. 2026

Elsa

Présidente Fondatrice

L'été 2026 a été le plus chaud jamais enregistré en France. Pour une maman valide, la rentrée a signé la fin de la chaleur. Pour une maman malade chronique, beaucoup racontent une autre histoire : un corps qui n'a jamais vraiment récupéré.

À la fin du mois de septembre, constatant que beaucoup de nos adhérentes étaient encore souffrantes suite à l'été, nous avons décidé d’interroger notre communauté pour savoir à quel point ce ressenti était partagé.

Les réponses de 29 Madies* dessinent un constat clair : la canicule ne s'est pas arrêtée avec la baisse des températures.

* les madies sont les adhérentes de l’association Mady

Un été hors normes

Selon Météo-France, l'été 2026 est le plus chaud jamais enregistré en France depuis 1900, avec une moyenne de 24,0°C, devant 2003 et 2022. Il a compté 53 jours de vague de chaleur, répartis sur trois épisodes, dont un du 17 au 30 juin qui a placé jusqu'à 72 départements en vigilance rouge.

Santé publique France recense à ce stade (bilan provisoire) environ 7 300 décès en excès, toutes causes confondues par rapport à l'attendu. Un fait marquant : lors de l'épisode de juin, l'excès de mortalité a touché toutes les classes d'âge à partir de 15 ans, pas seulement les personnes âgées.

La chaleur n'a pas pris de vraie pause à la rentrée. Le 6 septembre, Lavaur (Tarn) a enregistré 40,3°C, un record national pour un mois de septembre.

Pourquoi la chaleur frappe plus fort un corps déjà fragile

La chaleur n'est pas un simple inconfort quand on vit avec une maladie chronique. Elle interagit directement avec les mécanismes déjà fragilisés par la pathologie.

  • Les traitements : Santé publique France le rappelle : diurétiques, bêtabloquants, anticholinergiques, anti-dépresseurs ou neuroleptiques limitent la capacité du corps à se protéger de la chaleur. En cas de doute, le réflexe est d'en parler à son médecin ou son pharmacien, jamais d'ajuster seule.

  • Le sommeil et la santé mentale : Les nuits chaudes empêchent le corps de récupérer. Il existe d'ailleurs un lien direct entre privation de sommeil et hausse de l'irritabilité, de l'anxiété et des décompensations chez les personnes suivies pour des troubles psychiques.

  • La grossesse : Une étude portant sur 36,6 millions de naissances rapporte un risque d'accouchement prématuré en hausse de 2,8% lors de chaleur modérée et 3,8% lors de chaleur extrême. Ce sont des risques relatifs à l'échelle d'une population, pas une prédiction individuelle.

  • Le POTS et l'intolérance orthostatique : La chaleur dilate les vaisseaux sanguins pour aider le corps à se refroidir. Chez les personnes atteintes de POTS, dont le volume sanguin circulant est déjà réduit, cette dilatation aggrave les vertiges, tachycardies et malaises.

  • Le cas particulier du malaise post-effort (EM/SFC) : Lutter contre la chaleur est un effort pour l'organisme. Chez les personnes atteintes d'encéphalomyélite myalgique, cet effort supplémentaire peut déclencher un malaise post-effort, une aggravation des symptômes qui peut durer des jours, des semaines, voire plus.

Pour les maladies inflammatoires comme l'endométriose, plusieurs ressources spécialisées évoquent un effet amplificateur de la chaleur sur l'inflammation. Ce lien mériterait d'être confirmé par des études plus robustes : on le mentionne avec prudence.

Ce que dit notre enquête : pas d'effet retard, mais une absence de récupération

La littérature scientifique documente bien les effets immédiats de la chaleur. Elle documente beaucoup moins ce qui se passe après, chez les personnes malades chroniques. C'est le vide que notre enquête vient combler, à son échelle.

Précision nécessaire : il ne s'agit pas d'une étude scientifique, mais d'un ressenti collectif recueilli auprès de 29 adhérentes volontaires. Les résultats ne sont pas représentatifs de l'ensemble des malades chroniques.

  • Un été jugé nettement plus dur : 18 répondantes sur 29 (62%) ont noté 4 ou 5 sur 5 la difficulté de cet été liée à leur maladie.

  • Les symptômes les plus aggravés : La fatigue arrive largement en tête (27 réponses), suivie des vertiges et malaises (17), des troubles du sommeil (16) et des douleurs (13).

  • Et surtout : la chaleur n'a pas lâché prise à la rentrée. 16 répondantes sur 28 (57%) disent être encore affectées à la fin du mois de septembre, alors que les températures ont baissé. Et parmi elles, l'immense majorité (21 réponses sur 23) situe le début de cette aggravation dès le début de l'été, pas dans les semaines suivant un pic de chaleur précis.

Ce dernier point nuance ce qu'on pensait trouver. On s'attendait à un effet retard : un épisode de chaleur, puis une décompensation quelques semaines plus tard, comme cela a été décrit pour d'autres maladies chroniques. Ce que racontent les répondantes ressemble plutôt à une usure continue sans fenêtre de récupération : l'été 2026 a été si long et si peu entrecoupé de répit que le corps n'a jamais eu l'occasion de repartir à zéro avant le prochain pic.

Ce que les Madies racontent

Voici quelques-uns des témoignages recueillis (prénoms anonymisés) :

"Extrême fatigue, tension nerveuse quasi constante, et donc aussi beaucoup plus de difficultés à occuper mes enfants avec qui je vivais clairement dans le noir !!!" — Claire, bipolaire

"Incapacité à faire d'autres choses, jeux au sol et incapacité de faire des sorties extérieures. On a fait aussi énormément de bain/douche pour que l'enfant se refroidisse." — Aurélie, SEDh, SAMA, enceinte (sous antidépresseur)

"J'ai passé énormément de temps dans ma chambre avec le climatiseur, sans ça je n'aurais pas survécu à l'été je crois [...] j'ai vraiment eu l'impression de mourir à petit feu." — Noémie, EM/SFC, SAMA, POTS, rhumatisme psoriasique

"Pour la gestion post-été c'est vraiment compliqué, mon état est moins pire que cet été, mais reste nettement dégradé. [...] je me sens vraiment abandonnée par le système." — Olympe

"Je ne gère rien mais mon état s'est légèrement aggravé jusqu'en début septembre, imputable à la chaleur." — Diane, SED, endométriose, adenomyose, migraines avec aura, algodystrophie

"Je suis partie me ressourcer en moyenne montagne où il faisait nettement moins chaud." — Joséphine, Covid long, EM/SFC, SAMA, POTS, SEDh

Certaines ont dû fuir : chez des proches, en montagne, ou derrière une clim achetée dans l'urgence malgré la facture qui suit. D'autres ont simplement tenu, en sacrifiant les sorties, les écrans limités, le temps de jeu au sol avec les tout-petits.

Ce qu'on peut retenir, sans culpabiliser

Voici quelques stratégies mises en place par nos adhérentes pour mieux vivre cet été en tant que maman & malade :

  • Rester à l'intérieur, dans une pièce fraîche, n'est pas un échec : plusieurs Madies ont limité les sorties au strict nécessaire, et c'est ce qui les a protégées.

  • Déléguer n'est pas un échec non plus : grands-parents, conjoint, beaux-parents, plusieurs témoignages mentionnent un réseau mobilisé, et le fait de pouvoir s'appuyer dessus.

  • Les écrans ne sont pas un échec : Quand le corps ne suit plus, lâcher du lest sur les écrans vaut mieux que s'épuiser à maintenir une norme intenable.

  • Parler à son médecin ou son pharmacien des traitements en cours reste la seule source fiable pour ajuster un traitement en période de chaleur, jamais une décision à prendre seule.

  • S'inscrire au registre canicule de sa commune, quand on est en situation de handicap, permet de bénéficier d'un suivi en cas d'alerte.

Et pour la prochaine fois : si l'été 2026 confirme une tendance, les étés à venir ne seront probablement pas plus cléments. Anticiper un système de rafraîchissement, même modéré (ventilateur, climatiseur mobile, volets fermés dès le matin), avant la prochaine vague, peut éviter d'avoir à improviser en pleine crise.

Pour en savoir plus

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